jeudi 26 septembre 2019

Que faire quand il y a un monstre sous le lit ?

            Dans la maison où j’ai grandi, mes parents avaient enlevé toutes les portes des placards pour les faire décaper. Si les grandes portes sont vite revenues dans leur cadre, celles des petites alcôves qui les surplombaient ont, elles, mis du temps à réapparaître. Dans le noir de ma chambre, la nuit, j’avais une trouille bleue… plein de trous noirs béants par lesquels tous les monstres que je pouvais imaginer entraient pendant mon sommeil. J’ai une imagination fertile… et une personnalité anxieuse. 
            Mes parents tentaient de me calmer en me répétant une évidence, il n’y avait pas de monstre dans les placards ni dans les alcôves… 
            Mes deux garçons aussi avaient la trouille dans le noir. Moins que moi, mais eux pas seulement dans le noir. Un jour mon plus vieux s’est mis à hurler dans son bain qu’un « garçon » le regardait et que ce « garçon » avait l’air méchant. J’ai mis 15 minutes à comprendre qu’il parlait de la bouteille de shampoing à l’effigie de Darth Maul qui trainait sur une étagère de la salle de bain. 
            Les enfants sont comme ça, ils ont peur de trucs débiles et sont inconscients des vrais dangers, ils remontent une pente enneigée sur laquelle ils viennent de glisser au milieu des autres traineaux, ils sautent sur des divans avec des crayons aiguisés et traversent la rue sans regarder. 
            Les enfants étaient comme ça. 
            Je ne sais pas comment mes parents auraient réagi s’il y avait eu des monstres dans les alcôves, j’espère qu’ils m’auraient sorti de la pièce en refermant la porte et en allant chercher un couteau de cuisine pour me défendre. Je ne suis pas certain de la manière dont j’aurais réagi si j’avais découvert un garçon maléfique dans la salle de bain… je n’aurais certainement pas engueulé mon garçon parce qu’il pleurait sur place au lieu de s’enfuir… 
            On ne peut pas s’attendre à ce que la peur d’un gamin prenne une forme adulte, les formes de la peur restent puériles… c’est aux adultes de réagir calmement, d’écouter et de prendre les mesures nécessaires, même et surtout quand la peur mène à la révolte.

La peur est normale…

La révolte est parfois nécessaire. 

Lily, ma puce, j’ai le regret de t’informer qu’il y a un monstre sous ton lit, tu es trop jeune pour avoir peur, trop jeune pour pouvoir
comprendre des mots monstrueux comme « changements climatiques »… mais il y a une gamine suédoise qui parle pour vous tous. 

Je ne vais rien dire, je pourrais me lancer dans mille discours, sur les situations sociales probables ou que le monstre commence doucement à être dompté… 
Je vais écouter, appuyer sa révolte, votre révolte. 
Comment osons-nous menacer vos rêves ? 
Comment osons-nous ne pas vous croire quand nous voyons aussi le monstre sous votre lit ?

Demain ta mère, tes frères et moi nous marcherons pour toi.

Je t’aime ma puce.