mercredi 17 mars 2021

Être père...

Note : ce texte est beaucoup trop long et par endroit inachevé (j’ai la conviction que la partie sur l’école est un peu dans le désordre). Mais, d’une part, j’avais très envie d’écrire un peu sur la paternité… ne sachant pas exactement ce que j’ouvrirais comme porte. J’ai, par bout, un peu perdu le contrôle. J’arrête donc d’écrire, pour respecter l’entente que j’ai prise avec moi, écrire régulièrement… voir où cela me mène. J’ai l’impression de stagner sur le sujet… j’arrête donc pour passer au suivant.

 Je n’estime pas être devenu père dès la naissance du premier de mes deux fils (pour préserver leur identité, appelons-les Étéocle et Polynice.)  Ce n’est que quelques jours plus tard que j’ai pris le chemin de la paternité. Les jours suivant la naissance d’Étéocle, j’étais persuadé que la vie n’allait pas être fondamentalement différente. Je me suis donc installé devant l’énorme chose qu’était notre télévision de la fin des années 1990, assis dans un non moins grand divan blanc d’avant que des chats ne le scrapent (et qu’Étéocle dessine un chouette paysage dessus). Un observateur aurait dû être attentif pour remarquer la différence entre cette scène et celle de la vie d’avant. Cette différence était une petite tignasse blonde blottie au creux de mon bras. Je venais d’endormir Étéocle en le berçant vigoureusement. Je venais d’apprendre l’une des premières leçons de tous parents : il y a des clous au fond des lits de bébé qui les réveillent quand vous les déposez. Je me suis donc installé dans mon énorme divan. Évidemment (enfin, c’est une évidence pour moi maintenant) au bout de quelques minutes de lumière en mouvement de toutes les couleurs, la tête blonde s’est mise à gigoter, geindre pour ensuite franchement pleurer. 

 

J’ai senti la panique monter… et je l’ai refusée. 

 

J’ai pris une grande inspiration et j’ai décidé de ne pas paniquer. Si j’allais devoir vivre avec cet enfant le reste de mes jours, il était hors de question que ce soit dans la panique. J’ai donc décidé de croire que ça irait bien et d’affronter les pleurs du bébé que j’avais dans les bras. À ma grande surprise (et fierté), ça a fonctionné. Comme Étéocle venait de boire, je me suis donc levé, j’ai fermé la télé et j’ai refait les cent pas dans le petit corridor du non moins petit appartement de Rosemont que nous habitions à l’époque. J’ai fait quelques pas de danse (j’ai découvert que les bébés avaient une attitude assez punk et aimaient être brassés sur un rythme régulier, certes, mais plus vigoureusement qu’on pourrait le croire). J’ai chanté… la petite bête blonde s’est endormie. 

 

J’avais 24 ans, et c’est à ce moment précis de refus de la panique, que je suis passé (presque) sans transition d’adolescent attardé, déboussolé dans le déni de la décision de ce qu’il allait faire dans la vie à père… non moins déboussolé et incertain, mais père néanmoins. À l’hôpital, en tenant Étéocle dans mes bras, sous le soleil, j’ai tout de suite pris conscience de sa fragilité et du fait que ma première tâche d’humain était de m’arranger pour qu’il ne meure pas. À notre époque et en Occident, c’est beaucoup plus facile qu’au Moyen-Âge. Évidemment, ça n’a donc pas été une angoisse de tous les instants, mais lors de certains mois financièrement plus difficiles, il apparait évident que les cigarettes, les bières de microbrasserie ou même la Pabst passent après les besoins essentiels. La règle de la panique a tenu bon à quelques exceptions près. Je ne l’ai enfreint qu’à des moments inévitables : d’abord la fois où Étéocle s’est planté un crayon dans le nez, mais surtout quand son frère, Polynice, plus casse-cou, est arrivé. Dans sa troisième année de vie, Polynice s’est cogné cinq fois le même endroit du front. Sa prune était tellement grosse qu’elle s’est fendue. À quatre ans, il remontait des pentes de glisse en sens inverse. À six, il s’est cassé un bras en descendant une pente impossible la première fois où il a fait du skate-board… J’ai paniqué sur mille autres choses dans la vie (les factures, rester seul pour l'éternité, rater ma vie), pour mes enfants, pas vraiment. Inquiet, oui, paniqué, non. 

 

Suis-je un bon père ? 

 

Je suis le père que je peux et, évidemment, je trouve ça insuffisant… 

 

J’ai été un père en forme, d’autre fois amoché, un trop long moment dépressif, anxieux, souriant, fâché trop fort, conciliant… Je n’ai pas toujours pu choisir mes états d’esprit… et, plus déstabilisant encore pour eux, à mesure qu’ils vieillissaient et me posaient des questions… je choisissais souvent d’exprimer mes doutes ce qui, je l’ai découvert bien vite, est un peu insécurisant et tranche avec la représentation habituelle de l’autorité faites d’une enthousiaste certitude affichée bien que parfois feinte.

 

Mettons quelque chose au clair tout de suite : je n’ai pas d’opposition de principe contre l’exercice d’une autorité paternelle. Comme un feu rouge indique de s’arrêter pour ne pas entrer en collision avec d’autres, je n’ai pas de problème à dire ne traverse pas la rue seulne joue pas avec des couteauxne saute pas sur ton lit avec un crayon. J’ai essayé de tout faire pour qu’ils ne se blessent pas physiquement et, exercice plus subtil, mais surtout vain, psychologiquement. Je n’ai pas toujours eu l’énergie pour imposer certaines habitudes. Je n’ai pas trop de talent pour la constance, elle me demande beaucoup de travail… alors lié le manque d’énergie d’un père en dépression et cette nécessité de travail pour la routine et vous avez des moments de grandes difficultés à les entrainer, par exemple, à se laver les dents tous les jours (mes garçons ne sont jamais allés à l’école en sentant mauvais)… D’autant plus qu’au moment de grands noirs et d’énergie limitée, j’ai dû faire des choix… j’ai choisi le plaisir, j’ai choisi de les faire sourire plutôt que la discipline. Je n’avais pas d’énergie pour la discipline et les rires. J’ai voulu faire en sorte que mes trous noirs ne deviennent pas les leurs. Toutefois, rationaliser ne me lave pas les mains, je vais toujours me sentir coupable d’avoir manqué quelque chose.

 

Par contre, je n’ai jamais été capable de faire appliquer des règles que je jugeais bidon ou de simplement prétendre de les respecter. Je n’ai même pas été capable de taire que je les trouvais débiles. Par conséquent, j’ai vécu leur entrée à l’école comme un violent raz de marée. J’étais content qu’ils entrent à l’école, j’étais content qu’ils aient leur monde comme moi j’avais eu le mien. Mais j’ai rapidement senti qu’il n’y avait pas qu’eux qu’on évaluait, il y avait moi aussi et que je n’avais pas le gros bout du bâton… the School can do no wrong

 

***AVERTISSEMENT***

 

***La complainte qui suit est parfaitement subjective et biaisée, l’école primaire de mes garçons était (et est probablement toujours) une excellente école que j’ai tellement aimée que j’ai siégé au comité de parent plusieurs années***

 

J’ai cru un an ou deux que c’est nous étions dans le tort. Ma vision des choses a changé à une réunion des parents de maternelle du groupe de Polynice. (À la décharge de l’école, j’ai passé six ans à sortir exaspéré des réunions de parents de la cohorte de mon plus jeune fils… à cause des autres parents.) Alors que la professeure présentait la classe, les activités, elle s’est mise à parler des collations. Une phrase m’est rentrée dedans : jamais un Joe-Louis n’allait entrer dans sa classe parce que ce n’était pas les valeursqu’elle enseignait aux enfants. N’en déplaise aux Boulangeries Vachon inc., je ne suis pas un fan des Joe-Louis, mais enseigner des valeurs me suis-je dit, n’est-ce pas le rôle des parents ? J’ai senti que quelque chose clochait… 

En plus de la constance, un autre de mes grands problèmes était la ponctualité (c’est réglé). Donc, dépressif, insomniaque (ou hypersomniaque) et monoparental à temps partiel (même quelques mois à temps plein), il m’arrivait d’arriver en retard. Pas horriblement en retard, on manquait souvent la cloche de deux ou trois minutes… rarement dix ou quinze. Mais une semaine que j’avais l’anxiété dans le tapis et le sommeil en berne, on est arrivé trois jours de file quinze minutes en retard. La troisième fois, la prof est venue chercher mon fils dans le hall de l’école, elle m’a demandé de manière très bête comment ça se faisait qu’on arrivait en retard comme ça… j’ai pondu un mensonge à propos de mon grand-père décédé (I shit you not, J’AI MENTI COMME UN GAMIN! À ma décharge, grand-papa était vraiment décédé quelques jours plus tôt.) Elle est restée bête, m’a dit désolé et est partie avec mon fils en lui disant « Pauvre enfant ». J’ai fait le saut… et sur le chemin du retour j’ai maugréé : « PAUVRE ENFANT ? Va te faire voir le pauvre enfant ! je rushe, je suis en dépression, je suis monoparental, le pitou arrive en retard, OK, mais il n’est pas battu, je comprends que c’est chiant et que ça fait un peu déraper ton horaire, mais bordel, il n’est pas en carence alimentaire… IL ARRIVE EN RETARD ! » Cette professeure est partie en milieu d’année pour faire un autre boulot dans un autre pays… sa désertion a pas mal validé ma mauvaise opinion d’elle. 

            Mais c’est moins avec l’école qu’avec beaucoup d’autres parents que j’avais des problèmes. Oui, la cohorte de mon deuxième fils me tombait sur les nerfs… Les réunions de parents étaient l’occasion de commentaire traduisant une incompréhension de ce qu’était l’école, un je, me, moi, mon enfant pour lequel j’ai beaucoup de tolérance d’habitude parce que, oui les parents sont inquiets et, oui tous les gamins sont différents, mais sérieux, amener ton propre savon parce qu’il est meilleur pour la peau ? C’était aussi des affirmations délirantes sur la supériorité de l’école privée (par une mère qui n’y avait visiblement jamais mis les pieds), la débilité du programme actuelle (j’ai pleuré de rage quand ils ont démoli le chouette programme de la prof de deuxième qui voulait co-construire avec ses élèves.).

            Ce qui me tombait franchement le plus sur les nerfs, c’est le calinoursisme qu’on impose aux enfants : on doit être ami avec tout le mondeles enfants c’est beau, c’est gentil, c’est souriant. Je ne sais plus si c’est un de mes fils qui a pété une coche contre quelqu’un qui lui avait fait un commentaire ou moi qui ai pompé, mais on a eu une discussion là-dessus : « Non, tu n’es pas obligé d’aimer ou d’être ami avec Ménélas (non fictif). Tu n’es pas obligé d’être ennemi non plus. Tu n’es pas obligé de l’emmerder. Oui, il peut te tomber sur les nerfs, tu as le droit. » Bref, j’ai pris le parti de ne pas les prendre pour des débiles, de valider leurs émotions et de faire le pari qu’ils seraient capables de faire la part des choses et de ne pas devenir des bullies. Pari risqué, parce que oui, des gamins c’est quand même parfois un peu con, ce sont des gamins. Je l’assumais, et j’étais prêt à participer activement à rétablir l’équilibre si ça devait déraper. 

Ce que je n’ai pas vu venir, c’est que mes enfants seraient parfaitement à l’aise avec ça, sains et équilibrés… au point de ne pas voir le mal à le redire fort en public et de s’obstiner avec leur copain à propos de ça. Un soir alors que j’arrive à l’école pour cueillir mon plus jeune, il sort du local du service de garde en me disant : « Hey papa, Philocrate (non fictif) dit qu’il faut être ami avec tout le monde, je lui ai dit que c’est pas vrai ! » Sur le coup, j’ai fait un sourire en coin, ouvert la bouche pour répondre… mais d’une part, j’ai vu une autre mère me fusiller du regard et, d’autre part, j’ai vu son gamin me regarder avec des aussi grands yeux que si j’avais dit que le Père Noël n’existait pas. Polynice a continué à me questionner : « J’ai bien fait, hein ? J’ai raison, comme on a dit ? » Je lui ai répondu qu’on en parlerait à la maison. L’autre gamin a continué à questionner… « Quoi ? On n’a pas besoin d’être ami avec tout le monde ? » J’ai entendu sa mère lui dire, fâché, que ça n’était pas vrai, qu’il fallait être ami avec tout le monde et que je faisais probablement des farces… 

            Un des problèmes inattendus de cette idéologie de l’amitié universelle est le fait que devient méchant celui qui ose rompre l’harmonie illusoire avec une critique, voire un reproche. Ce qui crée sa propre inégalité : ceux qui n’ont pas de scrupule à intimider et harceler en douce ont une défense toute faite : « C’est pas vrai, j’ai pas fait ça ! C’est Étéocle qui a commencé ! » Et 90 % du temps, la personne en autorité ne cherchera pas à comprendre ce qui se passe, le catégorisera en « conflit » entre deux parties égales alors que non, c’est un enfant qui cherchait à se sortir d’un contexte d’intimidation en en parlant publiquement. Et mes garçons se sont frottés à ce problème. J’ai dû leur donner le droit de se défendre… En fait, j’ai dû faire un pacte avec eux. Se plaignant du fait qu’ils sentaient qu’ils ne pouvaient pas se plaindre de se faire faire des coups par un de leur copain (appelons-le Dolos), je leur ai permis de se défendre — « Si on te saute dessus, te harcèle, t’intimide, ne te laisse pas faire, défends-toi ! Si l’école t’embête, je vais défendre tes gestes. »

Et je me sentais coupable parce que c’est toute l’institution scolaire que j’avais l’impression de délégitimer aux yeux de mes deux garçons… Si je chiale contre un ou une prof, est-ce qu’ils sont capables de comprendre les nuances et de développer un véritable sens critique ou si j’en fais de parfaits petits réactionnaires ? (beaucoup de profs m’ont garanti le deuxième.) 

Honnêtement, j’étais plus souvent dépassé par l’école, ses techniques, son organisation, ses mécanismes, ses projets… J’étais dépassé par cette institution persuadée d’être adaptée à tous les enfants, usine à homogénéité qui frappait sur l’individualité de miens et de leurs amis à grand coup de leçons pleines de sourires. Je n’avais aucun problème à déléguer à l’école à leur apprendre à lire et à écrire, compter, leur apprendre des éléments de plus en plus complexes à mesure que les années entraient. Mais j’ai vu les fissures de l’école : incapable apprendre à s’organiser (tant qu’ils ont les notes), incapable d’accepter qu’un enfant ait compris en quelques minutes ton programme, et qu’il trouve ça, au final, emmerdant… Ne pas comprendre qu’au fond, un enfant ressent sa performance comme un enjeu affectif plutôt qu’intellectuel… que par conséquent, le petit cœur ou le petit commentaire aurait été particulièrement important. Derrière les professeurs gentils et souriants, j’ai senti les rouages froids du programme et des stratégies d’éducation. J’ai aussi senti plus que mes enfants le passage du temps et des professeurs… surtout ceux qu’ils ont aimés, j’ai vu passer avec tristesse les éternelles promesses de mémoire éternelle… 

 

– Fin sur l’école —

 

Même si je n’ai pas paniqué, j’ai trouvé éprouvante la période bébé : les semi-nuits, l’angoisse du premier, chaque petit bobo, les couches et la propreté. L’enfance pour un parent c’est extraordinaire de 4 à 12 ans. Je dirais même que de 8 à 12, un enfant c’est parfait : c’est propre, poli, souriant, enthousiaste et drôle. Je crois que le plus difficile à cet âge, c’est d’être à la hauteur de leur candeur, de leur envie de découvrir et de rire. Le plus difficile n’est pas de réussir son coup une soirée à établir un contact avec eux, le plus difficile c’est d’avoir le courage de recommencer en sachant qu’on ne sera peut-être jamais plus à la hauteur de la soirée d’hier… Faire découvrir, embarquer dans l’enthousiasme, pousser leur audace, c’est facile c’est agréable. Leur dire de se brosser les dents, de se coucher (même quand on n’est pas constant), c’est évident.

 

Après 12 ans… après, ils et elles se transforment tranquillement en adultes. Et c’est à ce moment que ça devient difficile, c’est à ce moment que certains parents deviennent des vieux cons réactionnaires… « Quoi, mon enfant baise ?!? HORREUR ! » Et je dis vieux cons réactionnaires avec beaucoup d’affection… saloperie que ça n’est pas facile. Pourtant, il y a une marge entre sentir ton gamin te glisser des doigts et lui enfoncer dans la gorge des règles auxquels tu ne croyais pas cinq ans plus tôt… qui souvent se résument : à ne boit pas, ne prend pas de drogue, ne te mets pas à poil. 

Mon allergie aux règles bidons s’est alors transformé en complexe de l’imposteur : qui suis-je pour faire respecter ce que je ne considère pas être des règles ? Sur quelle base les aider à structurer leur vie quand la mienne est un grand questionnement ? Comment leur dire de ne pas boire avec le vin rouge que j’engouffre, pas de drogue avec le joint et les clopes qui trainent dans mon bureau, de ne pas se foutre à poil quand… ? Alors j’ai essayé l’approche maïeutique, poser des questions, j’ai essayé de donner de la liberté. Mais la liberté donnée par un parent passe souvent par de l’indifférence. J’ai posé mes limites (please, si tu vas dans un tournoi d’impro trois jours, avertis-moi… ne me fais pas mourir prématurément). Devant mon désarroi, mon psy m’avait refilé un livre sur l’autorité… ça m’avait fait sourire. Il est encore dans ma bibliothèque, en bon patient j’avais insisté pour l’avoir quand il me l’avait recommandé. Je ne l’ai jamais lu. La vie est fondamentalement anarchique et de ce fait angoissante… je ne crois pas que c’est tant d’autorité dont les enfants ont besoin que d’affection.

 

Je ne suis pas l’ami ou le frère d’Étéocle et Polynice. Mais à un moment, si je vais toujours avoir les fous rires de leurs six ans en tête, ce sont des frères humains qui après moi vivront… Plus ils vieillissent et moins je sais.
Alors qu’est-ce qu’être père à ce moment ? C’est être présent comme on peut. Vous êtes un phare dans les tempêtes ? Tant mieux… Il faudrait leur demander, mais je crois que ma lumière n’est pas aussi nette. Au moins, mes fils s’aiment, Polynice ne s’est pas encore pointé avec sept de ses amis chez son frère pour lui faire la peau. (On aurait eu l’air fin, ma blonde n’a pas de frère pour lui apprendre à vivre… les vrais comprendront). S’ils devaient faire des conneries, je serai là, mais ils n’éviteront pas la justice de la cité. S’ils réussissent leur vie, je serai là aussi, les larmes aux yeux. Je n’en demande pas beaucoup, seulement de les voir sourire en pensant à leur quotidien. Je n’ai pas assez dit je t’aime… j’essaie. C’est pour moi toutefois étrange de le dire à un homme avec une barbe (ou un semblant de…).


Au moment d’écrire ces lignes, ma fille (appelons -là Antigone pour le bien de la métaphore filée) dors à poings fermés, suce au bec. Elle doit surement rêver à des éléphants, des lapins, des motos neiges et des Barbapapas. Elle a deux ans, elle me dit déjà non, joue sur les mots et argumente avec son éducatrice. Je sens que je serai mal pris le jour où elle commencera à défier les autorités gouvernementales par un sens de la justice juvénile. D’abord parce que j’aurai probablement été un mauvais exemple, ensuite parce qu’elle aura peut-être raison. Mais, encore, si la vie des garçons ne m’est pas si étrangère, si je n’ai pas vécu exactement ce qu’ils vivent, je reconnais toutes les émotions que je lis dans leur visage… je peux me remémorer les moments et les gens avec qui j’étais quand je les ai ressentis. Et, je ne me l’avoue pas bien encore, mais je crois que je suis terrifié par le fait d’être le père d’Antigone : il y aura tout un pan de sa vie de fille, puis de sa vie de femme dont je n’aurai aucune idée…