samedi 20 octobre 2018

On se calme la vague (caquiste)…



J’aimerais aujourd’hui t’entretenir, ô toi public en délire, de vague. J’aimerais toutefois avant prendre la précaution oratoire suivante : que ce soit par une voix, par 1 % des votes exprimés ou par un ou une député, députée, une victoire est une victoire est une victoire. Ceci étant dit, les médias, dans leur enthousiasme dramatique, aiment bien nous entretenir de « la vague caquiste »… Une vague, certes la Coalition avenir Québec a obtenu une [confortable] majorité aux élections du 1eroctobre, 74 élus, 11 députés au-dessus de la majorité. Il y a de quoi rassurer le préfet de discipline du parti : il serait étonnant que d’ici 2022 la Coalition perde sa majorité. Peut-on toutefois parler de vague ? D’un mouvement qui, telle une déferlante qui n’attend que des surfeurs, recouvre tout ? En terme plus clair, si la victoire de la CAQ est historique, en ce que pour la première depuis 1970 ce ne sont ni les libéraux ni les péquistes qui forment le gouvernement, la force de cette victoire est-elle historique ? 
Non. 

            Si l’on dresse d’abord un palmarès du pourcentage de députés obtenus (comme le nombre total de députés passera de 65 en 1867 à son chiffre actuel de 125 en 1989) avec les 42 législatures qu’a connu le Parlement du Québec depuis 1867, on obtient le résultat suivant :

Année
Parti
%
Députés
Légis.
%
1
1973
PLQ
54,65
102
110
92,73
2
1916
PL
60,57
75
81
92,59
3
1919
PL
51,91
74
81
91,36
4
1904
PL
55,43
67
74
90,54
5
1900
PL
53,15
67
74
90,54
s6
1948
UN
51,24
82
92
89,13
7
1931
PL
54,88
79
90
87,78
8
1927
PL
59,34
74
85
87,06
9
1936
UN
56,88
76
90
84,44
31
2018
CAQ
37,42
74
125
59,2
40
1878
PC
49,49
32
65
49,23
41
2012
PQ
31,95
54
125
43,2
42
2007
PLQ
33,08
48
125
38,4



















En somme, la CAQ ne fait même pas le top 10, elle arrive 31e. La palme revient au Parti libéral du Québec de Robert Bourassa en 1973, suivi du Parti libéral (qui ne prendra le nom de PLQ qu’en 1956) de Lomer Gouin en 1916 et en 1919. 

Quant est-il de l’électorat ? Si on fait le même exercice avec le pourcentage de votes obtenus sur le suffrage exprimé (ce qui est la manière dont on fait le décompte des votes depuis 1867), on obtient le résultat qui suit : 

Année
Parti
%
1
1916
PL
60,57
2
1927
PL
59,34
3
1936
UN
56,88
4
1962
PLQ
56,40
5
1985
PLQ
55,99
6
1904
PL
55,43
7
1931
PL
54,88
8
1973
PLQ
54,65
9
1912
PL
53,54
10
1908
PL
53,53
29
2003
PLQ
45,99
34
2008
PLQ
42,08
35
2014
PLQ
41,52
40
2018
CAQ
37,42
41
2007
PLQ
33,08
42
2012
PQ
31,95

Le libéral Lomer Gouin, 1916, grand champion suivit par Louis-Alexandre Taschereau en 1927 puis par l’émergence de l’Union nationale de Maurice Duplessis en troisième. On se rend toutefois compte que les majorités obtenues par les gouvernements québécois au XIXe sont plus faibles que les majorités historiquement obtenues. Mais même avec cette mise au point, la CAQ n’arrive que quatrième derrière les majorités des libéraux de Jean Charest en 2003 et 2008 et la majorité de Philippe Couillard en 2014 et seulement devant les deux gouvernements minoritaires de Jean Charest en 2007 et des péquistes de Pauline Marois en 2012. 

Je vous entends crier « LE TAUX DE PARTICIPATION » ! Si l’on ramène le nombre de voix exprimées en faveur du parti majoritaire sur le nombre d’électeurs inscrits, puis qu’on fait le classement, on obtient le résultat suivant. 

Année
Parti
% votes exprimés
% de l’électorat
1
1962
PLQ
56,4
44,28
2
1936
UN
56,88
44,11
3
1973
PLQ
54,65
43,14
4
1931
PL
54,88
41,90
5
1985
PLQ
55,99
41,74
6
1960
PLQ
51,38
41,29
7
1981
PQ
49,26
40,22
8
1939
PL
53,5
40,01
9
1956
UN
51,8
39,95
10
1948
UN
51,24
38,09
21
2003
PLQ
45,99
31,98
26
2014
PLQ
41,52
29,22
32
2018
CAQ
37,42
24,46
35
2008
PLQ
42,08
23,80
36
2012
PQ
31,95
23,54
37
2007
PLQ
33,08
23,33

La majorité caquiste de 2018 arrive 32e, la palme revenant aux libéraux de Jean Lesage en 1962, suivi des unionistes de Maurice Duplessis en 1936 puis des libéraux de Robert Bourassa en 1973. La Coalition gagne toutefois une place sur la majorité de Jean Charest en 2008, qui avait obtenu 42,08 %, mais avec un taux de participation de 57 %. 

Il ne s’agit pas ici de dire que le gouvernement de la CAQ est fragile, au contraire, la Coalition a une emprise ferme sur l’Assemblée nationale du Québec pour les quatre prochaines années. Il s’agit plutôt de se donner des outils pour évaluer la situation politique du Québec. Historiquement la vague caquiste est bien faible et au sein de l’électorat, la position caquiste est plus fragile que ce que connote ce terme. 

-Éléments de méthodologie-

Tous les chiffres sont tirés du site d’Élections Québec et de celui de l’Assemblée nationale bien que je me sois laissé tenter par les synthèses de Wikipédia (qui sont rigoureusement exactes).

Certains me feront remarquer que l’organisation des élections a dû changer avec le temps. En effet, avant 1945, la responsabilité des scrutins au Québec relevait du Gouverneur général et du greffier de la Couronne. C’est en 1945 que l’on créera le poste de Président général des élections qui était nommé par le lieutenant-gouverneur qui deviendra le directeur général des élections en 1978. Les fonctions électorales : la délimitation de la carte électorale et l’organisation du scrutin seront centralisées au DGEQ en 1983… tout ça pour dire que ces modifications ne semblent pas influer sur le comportement électoral et, dans le cas qui nous intéresse, les majorités obtenues. 

De la même manière, l’octroie du droit de vote aux femmes en 1940 fera bondir l’électorat en 1944 (de 753 310 électeurs en 1939 à 1 865 396 électeurs et électrices en 1944), mais n’empêchera pas le retour de l’Union nationale avec un nombre de voix exprimées moins important que celui de libéraux. 




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