lundi 15 octobre 2018

Sondages 2018 : erreurs et abstentions

            Depuis le 1eroctobre, on a beaucoup parlé du fait que les grandes maisons de sondage « l’on échappé » en termes de prédiction. Si on compare les résultats avec ce que prédisaient les agrégations, on s’aperçoit en effet d’une disparité importante.


Comparaison des résultats obtenus avec deux agrégations

CAQ
PLQ
PQ
QS
Autres
Marge
Réalité
37,42
24,82
17,06
16,1
4,6
-
Qc125
31,6
31,3
19,3
15,1
-
3,6
Différence
-5,82
6,48
2,24
-1
-
-
Too Close To Call
33,2
29,6
18,4
16
-
-
Différence
-4
4,78
1,34
-0,1
-
-

            Pas de doute, les sondages ont merdé. Si on compare les résultats avec les deux sites d’agrégation populaire, Too Close To Call et Qc125, on voit en effet une sous-évaluation de 4 à 5,25 points de la CAQ et une surévaluation de 4,78 à 6,48 points du vote libéral. De manière moins remarquable, on voit aussi une surévaluation du vote péquiste de 1,34 à 2,24 points, ce qui reste à l’intérieur de la marge acceptable (bien que Too Close To Call de donne pas la marge de son agrégation…)  La différence entre les agrégations repose sur des différences méthodologiques (pondération des différents sondages, paramètre de répartition, prise en considération de certains sondages au détriment d’autres, etc.) La question qui se pose est, plutôt quant à l’erreur d’estimation des différentes maisons de sondage. Il y a certainement plus qu’une réponse…
            Je me permets humblement d’en présenter une : le taux de participation. Le tableau ci-dessous présente une petite arithmétique de l’abstention et de son impact sur les pourcentages obtenus par les différents partis. Je vous soumets trois hypothèses répondant à la question : que se serait-il passé si les abstentionnistes étaient en fait allés voter ? pour qui aurait-il voté ? Il y a fort à parier que des électeurs libéraux ont eu un comportement qu’on ne leur connaissait pas, ils ne sont pas allés voter pour le parti pour lequel ils affirmaient vouloir voter, ce qui était jusqu’à maintenant un comportement péquiste et adéquiste. En ce sens, l’hypothèse A postule bêtement que le PLQ aurait obtenu son vote plancher précédent, celui de 2007, 1 313 664 voix. Par contre, on peut émettre deux hypothèses plus réalistes. On constate d’abord que 261 512 personnes qui avaient participé aux élections de 2014 ne sont pas retournées voter en 2018. Si on rajoute à ce nombre le fait que le nombre d’électeurs inscrits s’est accru de 157 332 électeurs, le camp des abstentionnistes s’est en fait agrandi de 418 844 personnes. L’hypothèse B postule que qu’il y a eu une distribution du transfert de vote de libéraux et des péquistes proportionnellement entre la CAQ, QS, les autres partis et le camp des abstentionnistes. Elle reporte ensuite la part présumée d’abstention proportionnellement sur les votes péquistes et libéraux. L’hypothèse C quant à elle est beaucoup moins réaliste et présume que l’ensemble des 418 844 nouveaux abstentionnistes auraient voté libéral s’ils ne s’étaient pas abstenus (ce qui est hautement improbable). 


Trois hypothèses sur la participation

CAQ
PLQ
PQ
QS
Autres
Total
Électeurs
Part. %
Réalité
1 509 427
1 001 148
687 934
649 488
185 546
4 033 543
6 169 772
65,38
%
37,42
24,82
17,06
16,10
4,60
Hypothèse A
1509427
1 313 664
687 934
648 488
185 546
4 346 059
6 169 772
70,44
%
34,73
30,23
15,83
14,92
4,27
Hypothèse B
1 509 427
1 244 802
812 412
648 488
185 546
4 277 197
6 169 772
69,33
%
35,29
29,10
18,99
15,16
4,34
Hypothèse C
1 509 427
1 419 992
687 934
648 488
185 546
4 452 387
6 169 772
72,16
%
33,90
31,89
15,45
14,56
4,17











-Hypothèse A-
Comme on peur le voir, le PLQ aurait obtenu 30,23 %, et la répartition des votes pour les autres partis se serait ajusté en conséquence, les faisant tous rentrer dans l’intervalle de confiance, voir dans le pattern de surestimation du vote (PQ et QS, parfois PLQ) et la dynamique de sous-estimation du vote (CAQ et parfois PLQ) décrite dans un autre billet.

-Hypothèse B-
C’est celle qui me semble de loin la plus réaliste. Les valeurs du vote caquiste et libéral restent aux extrêmes des intervalles de confiance, mais à l’intérieur, le vote péquiste est légèrement surestimé et le vote solidaire est surestimé par une différence cohérente à celle observée lors des élections différentes. 

-Hypothèse C- 
La compétition CAQ/libéraux ressemble à celle décrite par les sondages, le PQ est surestimé hors de l’intervalle de confiances, alors que QS est surestimé de manière encore raisonnable.



Comment expliquer qu’une partie significative de ce que les sondages identifiaient comme vote libéral puisse s’être abstenu ? On peut émettre plusieurs hypothèses : que la réponse aux questions soit plus une identification « Oui, je suis libéral mais je ne les veux plus au gouvernement, je suis incapable de voter pour les autres partis, je ne voterai pas. » L’argument peut aussi tourner autour du fait que la CAQ ait convaincu ces électeurs qu’elle n’était pas menaçante, ou encore la persuasion qu’il y aurait un gouvernement caquiste minoritaire et que ce n’était que parti remise… Les hypothèses possibles sont infinies, pour connaître la réponse il faudrait leur demander. Il y aurait pour les sondeurs une manière de prévenir ce genre d’erreur, créer une catégorie « voteur potentiel » (mauvaise traduction de likely voter,concept américain) en posant simplement la question « comptez-vous aller voter ? » Il serait ainsi possible de dresser un portrait socio-économique des abstentionnistes potentiels et de voir à qui cela pourrait nuire. 


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