jeudi 6 mars 2025


Image générée par MidJourney - ta gueule j'ai pas le temps ni l'argent.


Instructions de lecture

  • Si tu te rends compte que tu es un-e protagoniste de ce texte, rapporte-toi à la fin si tu n’as pas le temps.
  • Si tu reconnais quelqu’un, garde ça pour toi, ou au pire, pour moi.
  • Mes excuses à DiFee von Wien à qui j’ai balancé plusieurs expressions de ce texte en fin de semaine.
  • Traumavertissement – ça parle de manière soft et positive de séparation, de dépression, d’anxiété et de phobie sociale. Je partage trop. — N’hésite pas à passer ton chemin si tu te sens fragile.
  • Trouve les 4 chansons populaires citées et l’allusion à la Genèse – commentaires-texto-courriels acceptés.

 -Prologue-

J’espère que tu me pardonneras, mais je vais t’écrire au « tu ».

Je voudrais te raconter une histoire qui te changera du marais des tragédies quotidiennes. Je suis convaincu que le récit de mes cassures, mes… (je me garde des punchs) et la fin ou je partage probablement trop, te fera du bien. Je t’avertis par contre, ça n’est pas un film d’action, mais un genre de comédie psychologique.

-Perturbations-

Bon (pause dramatique), c’est par contre une histoire qui commence mal : par la fin d’une autre. Mais, comme dans tout récit, le héros doit se confronter à un élément déclencheur qui l’éjecte de son état initial.

Il y a quelques mois, je me suis séparé.

Cette séparation s’est passée un peu trop bien. Je te résume : nous nous sommes assis, elle m’a dit qu’elle nous considérait plus comme des amis et qu’elle avait besoin de son espace… J’ai dû être radicalement honnête avec moi : elle avait parfaitement raison. La seule chose qui m’attristait vraiment était aussi la seule raison pour laquelle je restais : ma fille. Je voulais pour Antigone (nom fictif) une famille « complète ».

         Sa mère et moi sommes maintenant et sincèrement de bons amis. Elle a pris la voiture et s’est trouvé son appartement, je reste dans la maison. Antigone (nom fictif) est clairement passée par une phase d’adaptation plus ou moins facile, mais elle est entourée de bienveillance, de tendresse et d’amour.

         Ça a été une cassure nette, claire et propre. Le genre de fracture qui se ressoude bien. Mais une fracture reste une fracture. En plus, le retour à la vie solo a été source de révélations. La première : c’est ma sécurité émotive s’est trouvé un appart et est partie avec la voiture. Il y avait un trou béant dans mon quotidien, je marchais maintenant sur le fil de la vie sociale sans filet de sécurité. Mais le monde s’est surtout révélé comme un grand désert affectif avec assez peu d’oasis pour étancher ma soif. Si tu m’avais servi un verre à ce moment, je t’aurais demandé de me jurer de ne pas arrêter même si je te disais quand.

         Je trainais donc cette brèche au quotidien et j’ai réalisé que j’étais ébréché depuis bien plus longtemps que ma séparation. J’ai pris conscience d’une tendance troublante : la principale motivation de toutes mes activités est de plaire à un/e autre, au mieux autre chose. Ce qui me motive s’énonce presque toujours « Oh, je vais faire, ça, untel-e va aimer ça. », « Oh, ça, ça sera cool pour la job… » presque jamais « Oui j’aime ça. »

         Mon premier défi est donc devenir ma « propre source de validation » (copyright mon psy). En d’autres termes, de devenir mon meilleur ami, mon entraineur ou, à tout le moins, les gars dans les gradins qui te cri « VAS-Y CHAMPION ! ». Mais le politologue aime bien l’image du Parlement cognitif qui doit d’urgence réorienter ses politiques pour que les résolutions à l’étude ne soi que par et pour moi.

         Ce n’est pas la première fois que je vis seul, bien que, quand je fais le calcul, ça n’est pas mon mode par défaut. Même si la solitude m’est familière, après une longue période de vie en couple, les relations avec les autres sont un défi. J’ai tendance à me remettre en question, à me sentir malhabile et inadapté. J’allais mieux, mais mon changement de statut matrimonial me ramène ailleurs. Naviguer les gens ça n’est pas comme aller à bicyclette, c’est plutôt comme arrêter de s’entrainer plusieurs mois, plusieurs années : les muscles s’atrophient et les ligaments se rigidifient.

         Par conséquent, j’ai été un peu dubitatif face au reste du monde. Je me suis volontairement un peu isolé (un petit problème de santé et une hospitalisation m’ont aidé). Il se peut que, jusqu’aux fêtes, tu m’aies trouvé un peu distant. C’est que je me suis souvenu des époques de solitude de ma vie et de toutes les situations débiles dans lesquelles Raph-seul-du-passé a pu se mettre. J’ai donc décidé de me tenir avec un gars que j’aime quand même bien, moi, et de voir si je pouvais me lier d’amitié avec ce sympathique bonhomme.

         Mais il y a Elle. (REBONDISSEMENT)

           

Venant d’une génération dont la langue maternelle est le sarcasme, je présume qu’à cette phrase précise tu t’es dit : « O $* !* de Raph à m@***, je le savais. » (Pour ton info, dans ma tête tu as une voix un peu débile, avec un défaut d’élocution qui implique beaucoup de salive. Je suis désolé.) Calme-toi toute de suite, je ne suis pas impliqué dans un délire amoureux quasi psychotique à la Don Quichotte/Dulcinée, Roméo & Juliette ou Cyrano/Roxanne. Néanmoins, si j’avais un cadre narratif sur lequel me reposer, je serais peut-être moins déstabilisé.

         Donc il y a Elle.

 

– Elle le débat et l’adulte-

Elle apparait dans mon imaginaire à des degrés d’intensité divers depuis quelques mois. Je te dirais en revanche que les pièces des casse-têtes de nos vies ne s’alignent clairement pas. Raph-seul-du-passé se serait probablement basé sur des rationalisations débiles pour tenter gentiment de forcer les choses… avec un discours ambivalent du genre « Mon ange, laisse-moi te voler ce moment. » Il aurait insisté pour prendre un verre, aurait été cute, mais lourd… aurait tout précipité pour elle, pour lui surtout. Et ça, c’est objectivement une mauvaise idée et dans ce cas précis, pour des raisons qui ne te regardent pas, c’est une idée de m…

         Ce qui nous amène néanmoins à l’autre soir (DOUBLE REBONDISSEMENT)

Bon (pause dramatique) avec cet énoncé de temporalité volontairement flou, si tu sais lire entre les lignes, tu te rends compte j’ai un problème narratif. Je ne veux identifier personne, parce que ça n’est pas l’intérêt de cette histoire et, pour des raisons évidentes, hormis moi, les acteurs (et j’en effacerai volontairement certains) ne sont certainement pas très chauds à ce que je donne des détails… Il me faut donc être juste assez clair pour que tu suives, mais assez obscur pour que les innocents soient épargnés.

         Donc l’autre soir…

Posons le décor, imagine-toi un pub : boiseries, chaises classiques, tables de bois foncé, dans un coin des canapés Chesterfield en cuir. Quant aux acteurs, je vais me contenter de te dire un groupe de personnes, dont elle… Il y a plusieurs mois que nous nous sommes vus (tu as bien lu). On s’est manqué lors d’événements, on s’est texté (à peine et toujours pour une raison). Avant d’entrer, j’ai néanmoins passé quelques minutes, très nerveux, à me remettre en question comme un gamin de 15 ans. En entrant, je suis (très) content de la voir et… elle le semble aussi.

         La dernière fois que nous nous sommes vus, les circonstances faisaient en sorte que nous nous côtoyions régulièrement. J’avais du plaisir avec elle, on déconnait beaucoup, un certain courant passait. C’est à la fin de cette période que j’ai commencé à me poser des questions… puis je me suis séparé, j’ai pris du temps pour moi… avec moi.

         En cet autre soir, elle est souriante et superbe, comme toujours. On ne se parle pas tant, du moins pas assez. Toutefois, sans surinterpréter, à la manière dont elle a d’être, je me sens accueilli, en sécurité, chez moi. Cette soirée lui tient à cœur, elle rit et s’emporte… et sincèrement, ça me touche. Le courant passait encore… Je sais de quoi ce texte à l’air… mais ça n’est pas l’important.

         Ce qui est significatif, c’est la manière dont j’ai réagi à un moment où je me suis senti menacé (NOUVEAU REBONDISSEMENT).

Il y a eu cette petite chose qui m’a mis en état d’alerte. Mon Parlement intérieur a été appelé en session d’urgence. Une faction m’y intimait de « faire un move », d’aller plus loin, de déclarer quelque chose, n’importe quoi, de demander plus, là maintenant, de lui arracher la certitude d’une affection. Une fois son temps de parole épuisé, l’autre faction s’est levée, je l’ai senti clairement majoritaire, c’est elle qui gouvernait. Et sa position, ma position, c’est que j’avais simplement envie d’être là, de profiter du maintenant, de son visage, de son sourire, même si j’avais un peu de mal à le fixer. Je veux simplement me laisser emplir de cet étrange et soudain sentiment de complicité, d’intimité et de l’incroyable buzz d’ocytocine. Celle qui est devant moi est précieuse et je ne veux pas la gaspiller par mes insécurités.

         Et c’est ce que j’ai fait.

         Et c’est ce point de l’histoire que je voulais absolument te raconter, c’est ma bonne nouvelle, mon évangile (OK je me calme). Ce que je ressens pour elle ne dépend que de moi et n’a pas besoin d’une réponse pour exister. En fait, ce que je sentais à ce moment et ce qui m’a pris quelques jours à mettre en mot, c’est que ça rendait le tout plus précieux. Je sentais mon meilleur ami me donner une tape sur l’épaule et me murmurer à l’oreille « Bien joué. »

L’histoire pourrait s’arrêter là.

L’histoire devrait s’arrêter là.

(Avant que ton imagination perverse ne s’emporte, je te rappelle qu’on est dans une comédie psychologique.)

Il y a des moments dans la vie où il faut être « l’adulte dans la pièce » : quand un ami l’échappe grave sur la bouteille, quand une collègue d’université pleure de manière incontrôlable un amour refusé… à Ottawa devant l’ambassade des États-Unis et que tu sais que la police va rappliquer, quand, pendant une cérémonie à la mémoire d’un défunt, les gars de la cuisine à côté décident d’écouter du Offspring au moment d’un témoignage émouvant… Bref, tu comprends le topo, il est arrivé une situation du genre (qui n’avait rien à voir avec elle) et l’adulte ça devait être moi… et qu’être adulte signifiait malheureusement partir.

Elle m’a demandé un lift.

En réglant sa facture, elle tentait de convaincre le barman d’une chose qui lui tenait à cœur. C’est la scène la plus cute qui m’ait été donnée de voir depuis longtemps.

Et cette dernière scène à son importance, laisse-moi te placer les acteurs : Il y a moi, sur un intense buzz d’ocytocine sous l’éclairage en douche du pub qui la regarde, elle, parler avec passion. Et il y a le barman médusé qui ne veut pas nous contredire… 

Je remarque surtout que la trame musicale n’est plus le punk qui a joué toute la soirée, j’entends une guitare acoustique, comme si Kurt Cobain avait réussi à vieillir… un morceau très GenX. Je shazame… « Everlong (accoustic version) – Foo Fighters ». J’ai ricané, c’était cohérent au reste de la soirée et je n’étais pas si loin avec Nirvana.

Je l’ai laissé au métro et j’ai joué mon rôle d’adulte.

Il y eut une nuit, il y eut un matin.

 

– Marche au soleil-

Et quand la lumière fut, j’ai mis une bonne heure à rapailler les fragments de mon cerveau dispersé par le soleil de la veille.

Par curiosité, j’ai rajouté « Everlong » à ma liste de lecture pour la marche : Meg Myers, The National, Kings of Leon, The Clash… Foo Fighters.

Fait rare de nos hivers : il faisait soleil et doux. Les rues de Longueuil étaient lumineuses en dépit de la neige sale. Après quelques minutes de marches, les premiers accords d’Everlong ont vibré dans mes écouteurs. Dave Grohl s’est mis à chanter :

« Hello
I’ve waited here for you,
Everlong… »

J’étais la veille… ma gorge s’est serrée et le refrain m’a achevé.

« And I wonder
If everything could ever be this reel forever
If everything could ever be this good again. »

J’ai dû m’arrêter, je me suis mis à sangloter à cause de l’intensité de l’émotion.

Si tu fais une petite recherche, tu trouveras qu’Everlong est une chanson écrite par Dave Grohl sur son divorce, sur une nouvelle relation, sur le moment doux-amer ou tu laisses une vie de côté, pour une nouvelle. Une vie qui reprend peu à peu de la saveur.

Je ne suis pas croyant, je n’ai pas cette tendance à penser qu’il y a quelque chose au-delà du matériel. Je me la joue désenchantement du monde à fond. Je n’ai donc aucune confiance aux messages de la Vie, de l’Univers, du Cosmos ou de la proverbiale Divine Providence. Aucune personnification anthropomorphique ne me parle…

Cependant, le parallèle que je trace est celui de la relecture d’un livre pour la deuxième, dixième, vingtième fois. Les œuvres qu’on a envie de relire offrent toujours un chapitre, un paragraphe, une phase qu’on n’avait moins remarqué, un élément d’abord ignoré qui vous fait voir le récit sous un autre angle.

         Elle est la première phrase, Everlong la suivante et je lis maintenant différemment le récit de mon existence. Depuis mon adolescence, j’ai le sentiment d’être d’abord seul… depuis ce matin sous le soleil, sans disjoncter au point de me dire que nous sommes tous connectés, j’ai le sentiment d’être avec vous. J’ai confiance que le courant passera avec de rares personnes et je vis bien avec ça. Je sais surtout que les autres ne me sont plus étrangers, que beaucoup d’entre eux ont vécu les mêmes choses avant moi et en ont fait des chansons.

 

– Épilogue —

 

Tu te demanderas surement si j’ai écrit ce texte pour elle.

Non.

Je l’ai écrit parce que j’avais envie. J’avais envie de partager comment je me sens, que la vie est encore belle, qu’il y a encore des gens de cœur qui s’emportent pour ce qu’elles et ils aiment. D’autres qui en font des chansons… et je crois que mon texte s’inscrit dans ce flot de messages souriant qui veut rappeler qu’on est tous dans le même bateau.

Au terme de cette rédaction, je me rends compte aussi que je devais trouver les bons mots pour décrire une situation nouvelle pour moi… et j’ai l’impression que le cadre habituel du langage avait des implications et des hiérarchisations que je ne voulais pas… pourquoi on dit être « juste » amis par exemple ? Une amitié comme avec elle serait déjà inestimable pour moi…

 

OK, maintenant qu’on en parle…

 

Oh well…

 

[À partir d’ici tu comprendras que le « tu » n’est plus collectif que si tu n’es pas « elle », il ne s’adresse plus à toi…]

 

– Post-scriptum juste pour toi —

 

Si tu lis ces lignes, laisse-moi d’abord un peu m’expliquer. Oui, c’est un texte un peu plus sérieux que les échanges que nous avons d’habitude (quoique). Je veux que tu saches que si j’ai écrit et publié ce texte c’est pour tout ce que tu as lu plus haut et, surtout, parce que j’ai beaucoup de mal m’exprimer à propos de toi… donc de te parler. Je ne suis pas tant déstabilisé par la soudaineté et l’intensité de ce qui se passe en moi… je me connais, je discerne rapidement ceux que je n’apprécie pas ou les personnes rares et précieuses que j’apprécie. Je réalise que c’est l’une des rares choses sur laquelle je me fais une absolue confiance. Ce sur quoi je ne me fais pas confiance c’est d’être adéquat sur ces émotions soudaines avec les sujets de cette affection. Juste savourer est nouveau pour moi… peut-être au point d’avoir été un peu passif.

Je suis envahi d’un gigantesque et chaud sourire intérieur quand je pense à toi… mais ça éclipse tout le vocabulaire. J’ai donc craint d’être sacrément intense si j’essayais de te parler sans avoir fait cette petite introspection et ce trop long exercice. (Moment akward : si tu es rendu à cette phrase… le restant du texte a surement été un peu intense. Pardon ? I guess?).

Je voudrais aussi m’excuser parce qu’en me repassant le fil des événements, par mécanisme de défense, j’ai dû être un peu cocky et distant et que ça a pu passer pour de l’indifférence. Il y a aussi parfois « des gens » autour et je n’assumais pas tout à fait mon affection… Je suis totalement vulnérable quand tu me serres dans tes bras.

J’ai aussi l’impression d’avoir manqué quelques cues, comme la fois où tu m’as répété au téléphone que nous étions vraiment dus pour nous voir… et je t’ai dit de ne pas stresser avec ça. Bon… ni toi ni moi n’avons le temps pour ce genre de discussion en ce moment… néanmoins… j’aurais pu…

Donc… au risque d’être intense permet moi d’être aussi clair que je le peux : les êtres humains pour qui j’ai cette infinie affection et avec qui je me sens comme chez moi, libre et spontanément intime (du moins ouvert) se comptent sur les doigts d’une main. Tu en fais partie. Je n’ai pas d’explication, ça m’a juste frappé. Je ne suis pas solide sur mes deux pattes parce que je ne comprends pas encore tout…

Tu te demandes peut-être pourquoi je tourne autour du pot et que je ne dis pas simplement « tu me plais » ? Parce que c’est plus que ça. Pourquoi je ne te dis pas « je t’aime » ? Ça serait plus juste, mais balancer ça, comme ça, au début, à froid, c’est un peu brutal et épeurant. Ça implique aussi une demande « d’être ensemble » ou du moins d’explorer les possibles que je ne me sens pas le droit de faire.

Parce que, pour des raisons évidentes (si elles ne le sont pas pour toi, tant mieux, mais on en discutera et je vais te pointer quelques trucs…), emboiter les pièces de casse-tête de nos vies serait loin d’être simple et je me sens l’obligation de te laisser tout l’espace, tout l’air possible et une bonne part de l’initiative… Ne crains même pas de me faire mal… je vis bien avec toutes les possibilités.

Mon affection est inconditionnelle… (bon… si t’es une tueuse en série, on verra…)

Je te serre dans mes bras.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire