Puis je n’avais pas écrit sur le plus important, une douce soirée de novembre 2007…
Au déjeuner le matin suivant, Antigone ma fille m’a regardé et m’a demandé, « Papa, qu’est-ce que tu fais en partisant pour ton travail? » À quatre ans, elle a un peu de misère avec certaine conjugaison et les participes présents sont probablement sa bête noire (il faut l’entendre conjuguer jouer)… Quoiqu’il en soit, sa mère et moi avons trouvé l’équivoque amusante.
Parce que, il faut bien le dire, je fais[1] maintenant un travail partisan. J’en ai conscience, et je ne le cache pas. Je suis dans une position nécessairement contradictoire : mon équipe contre l’autre, c’est la règle fondamentale du jeu que j’ai décidé de jouer. Plus prosaïquement, je suis partisan, parce que je suis d’un parti. Ça peut apparaître tautologique, mais c’est en fait une construction historique que je dois reconnaitre bien que je ne la vive pas comme de la même manière. Historiquement, que ce soit le parti d’Ali au début de l’Islam, les partis catholiques et protestants durant les guerres de religion au XVIe en France, puis les Whigs et les Tory britannique, l’idée de parti est au départ très clairement l’idée d’un fragment d’un tout, voire de la singularisation d’un élément au détriment du tout… peut-être même jusqu’à la rupture.
Mais, je crois qu’on a tendance à trop diminuer le rôle de nos émotions, de nos vies et des soirées tiède de novembre…
Si j’entends souvent le vol noir des corbeaux sur la plaine, je n’ai jamais vraiment envie que l’ennemi connaisse le prix du sang et des larmes… Si certains autres ont cette optique, je crois qu’elle ne sied pas à notre temps. Pour moi un parti c’est une organisation qui cherche à convaincre les autres que ses idées sont le plus prometteuses pour le bien commun. Je ne comprends pas cette démarche comme une volonté de fragmentation ou comme un aveuglement lié à une vision partielle et partial du monde. Je le vois comme le club des gens qui voudraient un peu plus de rouge ou de bleu dans la vie. Tout n’est pas contradictoire, tout n’a pas à s’imposer à tous de manière autoritaire. Je n’ai pas d’ennemi, j’ai des adversaires dont je comprends les motivations, les craintes et les colères. Je suis même d’accord avec certaines de leurs idées et sentiments. Si je suis d’un parti, c’est, d’une part, que le jeu social me tord un peu le bras et la faute de mon incapacité à convaincre (que je vois souvent comme une incapacité de l’autre à recevoir).
Je n’ai pas toujours été comme ça… On insiste beaucoup sur la révolution tranquille, mais je crois que les historiens ignorent ou diminuent l’importance de l’essor du nationalisme au début des années 1990. À part Mordechaï Richler et mon grand-père Labdacos (pour préserver son identité), tout le monde et sa mère étaient souverainistes. Je le suis aussi devenu, (j’ai même adhéré au PQ (whaaaattt) et je me souviens de ma première réflexion partisane. La Fédération Étudiante Universitaire du Québec à l’époque questionnait la volonté du gouvernement Parizeau de regeler les frais de scolarité universitaire et exprimait avec véhémence sa critique. Dans les corridors de l’UdeM, j’ai croisé quelques pancartes et je ne pouvais pas comprendre comment on pouvait être aussi véhément envers le gouvernement… J’étais aveuglément d’un parti.
Le temps a passé, je me suis senti de moins en moins à l’aise dans un parti pour lequel tout était secondaire à la souveraineté. Je me sentais de plus en plus prisonnier de cette option dont pas assez de gens veulent et dont j’étais certain qu’il n’était pas primordial à la pérennité de la francophonie nord-américaine. Le 18 novembre 2007, je suis allé au show d’adieu des Me, Mom et Morgentaler j’ai longtemps marché dans l’air frais de Montréal… j’ai réfléchi, écouter de la musique, je me suis demandé de quoi je voulais être… j’ai arrêté de me mentir et j’ai décidé de sortir de ce carcan qui ne correspondait plus au monde que j’avais vécu dans mon adolescence, à la politique que je voulais vivre et faire.
Je n’ai pas la prétention de faire de la politique autrement, les contraintes de ce monde sont trop importantes. J’ai la prétention d’avoir conscience que je suis d’un parti, conscience que cette fraction du monde dont je suis parti prenante risque de déformer la manière dont je le vois. J’ai mes convictions, je pense fermement qu’elles sont justes, et elle constitue la frontière de mes solidarités.
Tu crois que le monde est fondamentalement chaotique et que les gens doivent s’en sortir par la seule force de leurs poignets ?
On ne voit pas les choses de la même façon.
Tu vois tous les programmes sociaux comme des entraves à la liberté ou pire des complots pour t’asservir?
On ne voit pas les choses de la même façon.
Tu crois que les contraintes sociales sont si grandes que les individus ne peuvent rien pour améliorer le monde ou se sortir de leur condition ?
On ne voit pas les choses de la même façon.
Mais si tu crois qu’on peut s’en sortir ensemble, comme une grande équipe, si tu crois qu’on peut réfléchir de manière rationnelle nos manières de vivre pour justement vivre mieux, si tu crois qu’il faut écouter les autres, être gentil, toujours, alors, quelle que soit les organisations que tu trouves sympathiques, tu es de mon partis.
[1] Pour ceux qui ont manqué un épisode, je travaille comme organisateur pour un parti politique, tu peux trouver sur mon profil LinkedIn ou Facebook les informations. Je l’éclipserai ici pour faire le focus sur la dimension de partisan qui, je le pense peu s’appliquer à tout le monde.

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